

Au Maroc, le crowdfunding est encore jeune. Jusqu’ici associé à la solidarité, aux cagnottes et au financement de projets à impact, il porte une promesse plus large : permettre au public de devenir progressivement un acteur du financement de l’économie.
Le cadre existe déjà. La loi n°15-18, adoptée en 2021, a consacré le financement collaboratif comme une activité réglementée, pouvant prendre trois formes : le don, le prêt et l’investissement. Ce dernier permet de financer une entreprise en prenant une participation dans son capital. Le dispositif est entré en vigueur en 2023, avec une supervision partagée entre Bank Al-Maghrib et l’AMMC selon la catégorie. (AMMC)
Une étape reste toutefois à franchir : l’ouverture effective du crowdfunding en capital. À ce jour, l’AMMC n’a pas encore délivré d’agrément pour une société de financement collaboratif de catégorie « investissement ». Le cadre et la procédure d’agrément existent pourtant. L’enjeu est désormais de faire émerger cette nouvelle voie de financement. (AMMC)
Car le sujet dépasse celui d’un nouveau produit financier. Il touche à une question centrale pour le Maroc : comment mobiliser davantage l’épargne pour financer l’économie réelle ?
Les ambitions nationales en matière de startups et d’innovation posent nécessairement cette question. Les fonds, les banques et les investisseurs institutionnels ont un rôle essentiel. Mais ils ne pourront pas répondre à tous les besoins. Une partie de la réponse pourrait venir de l’épargne des particuliers, au Maroc et dans la diaspora.
C’est là que le crowdfunding peut changer de statut : passer d’un outil permettant de collecter de l’argent auprès d’une communauté à un mécanisme permettant à cette communauté de devenir partie prenante.
Cette évolution devrait aussi transformer l’accompagnement des entrepreneurs. Les programmes d’incubation et d’accélération pourraient intégrer le crowdfunding à leur cursus, au même titre que le business plan, le pitch et la levée de fonds.
Car une startup devrait peut-être apprendre à répondre à une question avant même de convaincre un investisseur : sa communauté croit-elle suffisamment en elle pour la financer ?
Une startup pourrait ainsi fédérer une communauté, obtenir ses premiers contributeurs, puis utiliser cette traction pour convaincre des investisseurs professionnels.
Le crowdfunding ne remplacerait donc pas le capital-risque. Il pourrait au contraire devenir son premier étage.
C’est peut-être là que réside la prochaine étape du crowdfunding marocain. Après avoir appris à donner ensemble, les Marocains pourraient apprendre à investir ensemble.
Découvrez les campagnes solidaires actuellement en ligne sur Kiwicollecte.ma et soutenez celles qui vous parlent. Vous pouvez aussi tenter l’expérience en ouvrant votre propre cagnotte, pour un projet public ou personnel, et mobiliser votre communauté.